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Bicentenaire de la naissance de Victor hugo

Discours le 26 février 2002 à la Biblithèque nationale du Luxembourg à l'occasion du bicentenaire de Victor Hugo

de Claude FRISONI, président des Amis de la Maison de Victor Hugo à Vianden

Un de ses deux discours à l'occasion de la présentation du Programme du Bicentenaire de Victor Hugo.


À Victor et à raison

Alphonse Allais raconte l'histoire suivante, qui paraît-il est rigoureusement authentique. Le 26 février 1802, l'officier d'état civil de la bonne ville de Besançon harangue la foule réunie devant l'hôtel de ville. " Chers concitoyens, clame-t-il, aujourd'hui, 26 février 1802, est une journée historique pour Besançon mais aussi pour toute l'humanité, le grand poète Victor Hugo vient de naître ". Et les Bisontins, puisque c'est ainsi qu'on appelle les habitants de Besançon, les Bisontins de se réjouir et d'applaudir. Né sous ces auspices, Victor Hugo se révéla très vite être un enfant prodige. Pas autant que Mozart cependant, dont Desproges rappelait qu'à sept ans à peine, le petit Wolfgang avait déjà composé le Boléro de Ravel. Mais Mozart faisait tout tellement vite qu'à trente-cinq ans, il était déjà mort. Victor, lui, vécut jusqu'à l'âge de quatre-vingt-trois ans, ce qui, à l'époque, était exceptionnel. Heureusement, car Victor avait beaucoup à faire. On dit que dès son adolescence, il s'était juré d'être Chateaubriand ou rien. En réalité, son seul objectif était de devenir Victor Hugo. Les mauvaises langues prétendent qu'il fut au long de sa vie, royaliste, poète, bonapartiste, romancier, orléaniste, re-bonapartiste, auteur dramatique, Louis-Philippiste, dessinateur, re-royaliste, républicain, polémiste, peintre, monarchiste républicain, touriste, adepte du spiritisme, visionnaire, républicain convaincu, député, sénateur, mari adultère, amant adultère, adultère adultère, pair du régime et grand-père au régime. Mû par une énergie extraordinaire, et pas seulement sexuelle, Hugo a construit sa légende en un peu moins d'un siècle. Ainsi, il expliquait qu'il s'était laissé pousser la barbe pour protéger sa gorge fragile. Comment le croire ? Un type qui se laisse pousser la barbe pour ne plus attraper d'angines ? C'est un peu comme un fou qui se tirerait une balle dans le crâne pour avoir du plomb dans la cervelle. Ou qui ne couperait jamais ses cheveux de peur qu'en les empêchant de pousser vers l'extérieur, il ne les contraigne à pousser à l'intérieur ce qui finirait par encombrer la boîte crânienne et à bloquer le cerveau. Hugo n'était pas si naïf. S'il a décidé de ne plus être glabre, ça n'était pas non plus pour faire plaisir aux Talibans, mais pour ressembler aux innombrables gravures, bustes, portraits, timbres ou billets de banque que la postérité allait lui dédier. Sans grands moyens médiatiques et sans même l'aide de Michel Drucker, Hugo est devenu la plus formidable super star de son époque. Et pas seulement de son époque. Qui donc peut se vanter d'avoir réuni plus d'un million de fans à son enterrement ? Dont des centaines de milliers d'entrées payantes. Qui, aujourd'hui peut affirmer sans mentir : " Mes obsèques ont été l'événement le plus couru du siècle ? " Personne. Absolument personne. Ou alors méfiez-vous, le type qui raconte son enterrement, ça sent l'escroquerie à plein nez. D'ailleurs Hugo a fait de l'ombre à tous ses contemporains. La preuve, 2002 n'est pas seulement l'année du bicentenaire de la naissance de Victor mais également le centenaire de la mort d'un autre illustre barbu, Émile Zola. Mais le monde entier a fait de Victor son chouchou. C'est lui qui reste sur le devant de la scène. Songez qu'un troisième barbu célèbre, a publié en 1848, un ouvrage qui allait marquer au fer rouge l'histoire de l'humanité. J'ai lu trois fois le Manifeste du Parti Communiste de Karl Marx, j'ai à peu près tout oublié de son contenu. Je n'ai jamais lu Notre-Dame de Paris, j'en connais l'histoire par coeur. C'est dire la supériorité du Bisontin sur le Trévire. Ils ont pourtant des points communs. Pas seulement la barbe ou un certain penchant pour les amours ancillaires. D'abord, ils s'appellent tous les deux Victor, sauf Karl Marx. Et puis les deux ont dû subir l'exil pour ne pas renoncer à leurs idées. Hugo résida longtemps dans les îles anglo-normandes et plusieurs fois au Luxembourg. Seuls des esprits malveillants, relevant que Guernesey est connue pour ses off shores et Luxembourg pour son secret bancaire, pourraient jeter la confusion entre exil politique et évasion fiscale. Grâce à ses oeuvres et à des placements judicieux, Hugo était riche mais honnête, riche mais généreux. Ça peut sembler paradoxal, il arrive que ça existe. Il y a plein d'autres exemples, comme euh ... euh ... Bon, Hugo était peut-être l'exception, c'est pour ça qu'il est exceptionnel. Et c'est pour ça qu'on l'aime. Notamment au Luxembourg. Alors qu'en France certains ont combattu la pièce Hernani, allant jusqu'à proclamer :"Hernani, l'idiotie", les deux responsables des partis de gouvernement luxembourgeois défendent l'oeuvre d'Hugo. À l'affirmation " Hernani, l'idiotie ", leur réaction est nette : " Erna nie, Lydie aussi " (1).


Notes de bas de page

(1) Allusion à deux femmes politiques, membres du Gouvernement luxembourgeois : Mme Erna Hennicot-Schoepges, ministre de la Culture, de l'Enseignement supérieur et de la Recherche, présidente du Parti chrétien-social, et Mme Lydie Polfer, ministre des Affaires étrangères, du Commerce extérieur, de la Fonction publique et de la Réforme administrative, présidente du Parti démocratique.

 

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